Goutte-à-goutte : jusqu'à 35 % d'eau économisée selon INRAE
Le goutte-à-goutte économise de 5 à 35 % d'eau par rapport à l'aspersion selon la culture, d'après les essais INRAE. Gains, conditions et limites.
Goutte-à-goutte contre aspersion : l'écart mesuré culture par culture
En arboriculture, passer de l'aspersion au goutte-à-goutte économise 20 à 35 % de l'eau d'irrigation. C'est l'estimation des chercheurs d'INRAE, publiée en avril 2023 à partir des essais conduits sur la plateforme PReSTI du centre de Montpellier. En maraîchage de plein champ, l'écart retombe à 5 à 15 %. Les grandes cultures se situent entre les deux, de 10 à 30 %. Pour la vigne, l'institut ne donne aucun chiffre. Sur le terrain, la culture fixe donc la marge de manœuvre avant même le choix du matériel.
| Culture | Eau économisée par le goutte-à-goutte | Part irriguée en France (2020) |
|---|---|---|
| Arboriculture | 20 à 35 % | environ la moitié des vergers |
| Grandes cultures | 10 à 30 % | 34 % de la surface en maïs |
| Maraîchage de plein champ | 5 à 15 % | plus de 60 % des surfaces de légumes |
| Vigne | non chiffré | non précisé |
La hiérarchie s'explique par la culture elle-même. Un verger espacé laisse beaucoup de sol nu entre les rangs : l'aspersion arrose cette surface pour rien, quand le goutteur ne mouille que la zone racinaire. En maraîchage, les plantes couvrent vite le sol et l'aspersion y perd moins. Ces fourchettes comparent deux techniques, pas deux exploitations. Elles supposent un réseau entretenu et un pilotage sérieux, sans quoi l'avantage fond. Le choix se fait culture par culture, parfois parcelle par parcelle, selon le sol et l'eau disponible. Les chercheurs le disent sans détour : une aspersion bien pilotée perd moins d'eau qu'un goutte-à-goutte laissé ouvert en continu.
Que gagne le goutte-à-goutte enterré en grandes cultures ?
Sur maïs, sorgho et soja conduits en stress hydrique, les gaines enterrées à plus de 30 cm économisent en moyenne 15 à 20 % d'eau. Le chiffre vient des essais menés à Montpellier depuis 2008.
La technique place l'eau là où se trouvent les racines, sous la surface. L'évaporation directe recule, et le feuillage reste sec. Pour mesurer ces écarts, PReSTI dispose d'un banc mobile d'aspersion de 80 mètres, présenté par INRAE comme le plus grand d'Europe, de bancs d'essai consacrés au colmatage des goutteurs et d'un suivi de l'humidité du sol par tensiométrie. Les résultats nourrissent Optirrig, un logiciel d'aide au pilotage de l'irrigation selon les cultures. Claire Serra-Wittling, ingénieure de recherche spécialisée dans les technologies de l'irrigation, a présenté ces travaux en novembre 2019. Elle est aussi l'auteure d'une étude de 2017, commandée par le ministère de l'Agriculture, sur les économies d'eau attendues de la modernisation des réseaux. La page d'INRAE n'indique en revanche aucun effet mesuré sur le rendement : le gain porte sur l'eau, pas sur la récolte.
À l'échelle du pays, un levier qui porte sur une faible surface
L'agriculture représente 58 % de l'eau douce consommée en France, en moyenne sur 2010-2019, devant l'eau potable (26 %) et l'énergie (12 %). Sur les quelque 33 milliards de mètres cubes prélevés chaque année, 3 milliards vont à l'agriculture, surtout à l'irrigation. Or l'eau réellement consommée, celle qui ne retourne pas au milieu, ne pèse que 4,1 milliards de mètres cubes, dont plus de la moitié pour l'agriculture. Les surfaces irriguées, elles, restent modestes. Elles couvraient 6,8 % de la surface agricole en 2020, soit un peu plus de 1,8 million d'hectares d'après Agreste. Le maïs en occupe à lui seul un tiers. Un gain de 15 % sur ces parcelles pèse donc lourd dans le bilan national de consommation, alors même qu'il ne concerne qu'une petite part des terres cultivées. C'est à l'échelle de la parcelle qu'il se mesure, et c'est là que l'agriculteur le constate. L'irrigation n'est pas le seul levier documenté. Dans le bassin Adour-Garonne, le programme BAG'AGES (2016-2021) a mesuré sur des sols conduits en agroécologie une capacité d'infiltration deux à huit fois plus élevée qu'en sols labourés. Les cultures intermédiaires y réduisaient le drainage de 30 mm en moyenne, pour une rentabilité équivalente à celle des fermes conventionnelles. Le sujet rejoint les mesures de biomasse et d'azote des couverts d'interculture publiées par les chambres d'agriculture.
Coût, sols, colmatage : les limites relevées par INRAE
Le goutte-à-goutte enterré ne convient pas à tous les sols. Il demande plus de technicité et d'observations qu'une aspersion classique. Son coût d'installation est élevé, sans qu'INRAE publie de montant à l'hectare. Les gaines et les goutteurs doivent être traités régulièrement au chlore et à l'acide pour éviter le colmatage, qui est la première cause de dérive du réseau. Au printemps, quand le sol est sec, un passage d'irrigation en surface reste parfois nécessaire. Il permet la germination et aide les racines à descendre jusqu'à la zone des goutteurs.
Une limite tient au périmètre même des mesures. Les essais chiffrent l'eau économisée sur une parcelle, à surface irriguée constante. Ils ne disent pas ce que deviennent ces volumes : laissés au milieu, ou employés à irriguer davantage d'hectares. Les pages consultées d'INRAE n'abordent pas cette question. Le gain mesuré à la parcelle ne vaut donc pas, à lui seul, baisse des prélèvements à l'échelle d'un bassin versant.
Les autres réponses examinées dans le même dossier ont leurs propres limites. Les retenues modifient le régime des cours d'eau et en réduisent les débits, plus fortement les années sèches, selon l'expertise collective pilotée par INRAE en 2016. Elles piègent aussi les sédiments et favorisent le réchauffement de l'eau. La réutilisation des eaux usées traitées coûte cher en traitement, en stockage et en réseau. Son bilan en volume reste nul sans stockage supplémentaire des eaux d'hiver. Le goutte-à-goutte n'est donc qu'un levier parmi d'autres, et aucun ne règle seul la question.

