Écologie

Couverts d'interculture : biomasse et azote mesurés en deux essais

Deux essais de chambres d'agriculture, à Pontivy et dans la Marne, chiffrent la biomasse et l'azote que piègent les couverts d'interculture à l'automne.

Pontivy : quinze couverts bio mis en bandes

Sept des onze couverts pesés fin novembre à Pontivy, dans le Morbihan, atteignent au moins 3 tonnes de matière sèche par hectare, le minimum que l'on cite pour un bon couvert. La moyenne des onze s'établit à 2,9. L'essai, publié en mars 2026 par la Chambre d'agriculture de Bretagne, compare quinze couverts longs implantés en bandes, dans le cadre du GIEE MAXIVEG-BIO porté par RES'AGRI 56 avec Cap'AB d'Eureden et Eliard SPCP. Le semis a eu lieu fin août, après une céréale et avant des pommes de terre, avec le semoir à céréales de l'agriculteur. La destruction est intervenue en mars. Quatre modalités n'ont pas été prélevées faute de temps. Environ un mois et demi après le semis, toutes les modalités couvraient au moins 50 % du sol et quatre dépassaient 80 %, le seuil souvent cité pour concurrencer les adventices sensibles à la lumière. Les mélanges à cinq espèces ou plus ne sont pas forcément ceux qui couvrent le plus vite.

Les mélanges combinent trèfles, phacélie, moutarde blanche, avoine, seigle et féverole, à 300 g/m² hors trèfles. Un mélange riche en avoine produit beaucoup de biomasse, mais son rapport C/N de 25 laisse peu d'azote à la culture suivante. Les associations à base de phacélie et de trèfles donnent environ 2,5 tonnes avec un C/N inférieur à 15 : plus de 30 unités d'azote sont alors restituées. Le gel a ensuite rabattu la moyenne à 2,3 tonnes à la mi-février, car les espèces estivales ont reculé, tandis que les seigles, les avoines et les trèfles continuaient de progresser. Voici les quantités moyennes piégées, d'après la même publication :

  • Azote : 60 à 90 kg/ha, dont 30 à 45 kg/ha restitués
  • Phosphore : 10 à 30 kg/ha
  • Potasse : 50 à 200 kg/ha
  • Biomasse moyenne de mi-février : 2,3 t de matière sèche par hectare

Dans la Marne, un essai en aire de captage

À Essarts-lès-Sézanne, la Chambre d'agriculture de la Marne a comparé sept couverts en 2025 sur une aire d'alimentation de captage d'eau potable, avec un agriculteur du secteur et la Coopérative d'Esternay. Les sols sont des limons argileux profonds. Deux stratégies ont été testées : un semis à la volée dans le blé avant la récolte, le 4 juillet, et un semis après la moisson, le 5 août. Chaque couvert, pur ou en mélange de radis, de moutarde, de vesce et de phacélie, était conduit avec et sans digestat. Le repère visé pour la qualité de l'eau : entrer dans l'hiver avec 40 kg d'azote par hectare ou moins dans le sol.

Publiés le 12 mai 2026, les résultats donnent 5,5 tonnes de matière sèche par hectare sans digestat et 7,2 avec. Les reliquats de fin novembre atteignent en moyenne 24,5 kg d'azote par hectare sans digestat, 44 avec. Le radis fourrager et les mélanges radis-phacélie restent pourtant sous le repère, même avec digestat. L'azote piégé dans les couverts varie d'environ 80 à près de 300 kg/ha. Les mélanges de trois espèces ou plus produisent en général davantage que les couverts purs ou à deux espèces, et le radis associé à la vesce se détache en semis avant récolte. Trois conditions ont joué : un semis précoce, début août, juste avant la pluie, sur un lit de semences bien préparé. Le semis dans le blé s'installe vite, sans travail du sol, et garde l'humidité. Les semences y coûtent plus cher.

Les deux essais côte à côte

CritèrePontivy (Morbihan)Essarts-lès-Sézanne (Marne)
ContexteAgriculture biologique, 15 couverts en bandesAire de captage, 7 couverts avec et sans digestat
SemisFin août4 juillet (dans le blé) ou 5 août
Biomasse2,9 t MS/ha en moyenne fin novembre5,5 t MS/ha sans digestat, 7,2 avec
Azote piégé60 à 90 kg/ha80 à près de 300 kg/ha
PublicationMars 2026Mai 2026

Limites des deux essais : sols, saisons et coûts

Les écarts de biomasse ne se lisent pas comme un classement. Les sols, les espèces, les dates de semis, le climat et l'apport de digestat diffèrent d'un site à l'autre, et les deux essais ne partagent aucun protocole commun. Le dispositif breton a en outre ses propres trous : deux modalités à couvert relais, prévu en novembre, n'ont jamais été implantées, et leurs résultats ne disent rien. Le semis de fin août, plutôt que de fin juillet, a pu pénaliser les couverts d'été semés à demi-dose. Le seigle de l'une des modalités ne s'est pas développé comme espéré. Aucun coût n'est donné pour les semences ni pour l'implantation.

L'essai marnais porte sur un seul site et une seule saison. La dose de digestat n'est pas indiquée, ni la profondeur de prélèvement des reliquats d'azote. Seul le surcoût des semences du semis avant récolte est signalé, sans chiffre. La Chambre de la Marne juge utile d'explorer ce semis en année sèche ou lorsque l'intervalle entre deux céréales est court : cela reste à établir.